jeudi 29 novembre 2018

Les fées de Cottingley Sébastien Perez et Sophie de La Villefromoit



Les Fées de Cottingley ou L’Affaire fait référence à une légendaire série de cinq photographies qui montre deux fillettes, Elsie
 Wright et Francès Griffith, en compagnie de fées...


Cette série de photographies a jadis attiré l’attention de l’illustre écrivain écossais, Sir Arthur Conan Doyle, qui s’en servit pour illustrer plusieurs articles sur le sujet ainsi qu’un livre. Spiritualiste, il mena une enquête passionnée et interpréta ces photographies comme une preuve concrète de la réalité des phénomènes psychique; la réaction du public fut vive et les débats houleux entre ceux qui y croyaient et ceux qui n’y croyaient pas se multiplièrent durant des années. Alors que cette affaire demeure encore un mystère, cette magnifique édition illustrée, signée Sébastien Perez et Sophie de La Villefromoit, raconte l’histoire de Francès, la plus jeune des fillettes, telle qu’elle aurait pu se produire…
J'admire le travail magnifique de cette illustratrice…ce livre est du pur bonheur !















mercredi 7 novembre 2018

Asta de Jon Kalman Stefansson


    Ásta, de Jón Kalman Stefánsson, Traduit de l’islandais par Éric Boury, Grasset, 496 p., 23 €

 #Asta #JonKalmanStefansson #MRL18 #Rakuten


    Reykjavik, au début des années 50. 

A Stavanger en Norvège,  Sigvaldi tombe d'une échelle. Ainsi, incapable de se relever, il se remémore sa vie qu'il raconte à une pasante... son enfance, son grand amour, sa vie de père de famille. Sigvaldi, aime passionnément Helga. Le couple aura deux fillettes, Sesselja, puis Ásta. Un avenir merveilleux semble promis. Vingt ans plus tard, Ásta vit à Vienne, en Autriche. Elle entreprend des études de théâtre, traînant un mal-être terrible dans tout ce qu'elle réalise.
Quand elle apprend le décès de sa grande soeur, elle se sent coupable de n'avoir pas été plus proche, se sent très seule.                   

Jón Kalman Stefánsson enjambe les époques pour nous raconter l'histoire de Sigvaldi et d'Helga, puis surtout celle de sa fille bien-aimée Ásta, qui tente de se construire à l'ombre d'une passion et qui écrit des lettres d'amour comme des appels au secours...
Peu de temps  après sa naissance, sa mère Helga se détruit par l'alccol,  son père Sigvaldi se révèle incapable d'y faire face. Ásta est alors placée chez une nourrice, Steinvör, qui l'élève avec beaucoup d'amour. A l'adolescence pourtant, Ásta devient ingérable,  Steinvör se voit contrainte de l'envoyer dans une ferme des fjords de l'Ouest...Je ne dévoilerai pas la suite mais chacun reconstitue une histoire familiale comme un morceau de puzzle entre les chapitres.



  
J'ai eu un peu mal à entrer dans l'histoire en particulier à cause de la présentation très originale des chapitres et de l'histoire qui n'est pas linéaire mais j'ai bien aimé l'écriture très envoûtante, très poétique de l'auteur. Dans ce roman lyrique sur la quête de la passion, du bonheur et la peur des sentiments, les personnages s'enlisent, se retrouvent, se séparent se déchirent poursuivant leur destin mais la beauté de l'écriture porte toujours le long de la lecture. 
On y découvre la vie et les problèmes auxquels ce confrontent les habitants dans ces villes du grand froid bercées par la lumière et la musique qui accompagnent les mots jusqu'au bout de l'histoire.




Un livre qui donne aussi envie  de voyager à travers l'Islande. Eric Boury a traduit ce magnifique livre, voici ce qu'il nous dit sur sa façon de travailler en complément de lecture :


https://addict-culture.com/eric-boury-interview-traducteur/

http://ericboury.blogspot.com/

https://www.ledevoir.com/lire/504415/les-destins-familiaux-de-jon-kalman-stefansson

Extraits du roman :

 " Mais que fait donc cette femme avec ces cabas ? Et quelle drôle d’idée de parler norvégien ! Les Norvégiens parlaient l’islandais il y a sept cents ans. Ils n’avaient aucune raison d’arrêter de le faire, rien ne le justifiait. L’explication résiderait-elle dans l’admiration secrète qu’ils nourrissent pour les Suédois ? La langue norvégienne serait-elle leur tentative ratée de parler suédois ? On n’arrête pas comme ça de parler sa langue maternelle, c’est ridicule. Une nation qui a perdu sa langue pourrait tout aussi bien s’exiler sur la Lune ! "


À ce moment-là, Asta, le fermier et la Land-Rover ont enfin quitté le fjord. Le paysan a allumé la radio, il tourne le bouton dans l’espoir de mieux capter les émissions, mais ce n’est pas concluant. C’est à peine s’ils distinguent les mots à travers les grésillements. On dirait qu’ils sont sur une route menant hors du monde. Mais bon, on ne peut plus parler de route, c’est à peine une piste, à peine un sentier. Les grandes mains puissantes du fermier s’agrippe au volant, la voiture se perd en ruades comme un cheval fou. Asta est si pâle que le fermier s’arrête, elle a tout juste le temps de descendre du véhicule avant de vomir sur une touffe d’herbe printanière qui perce à travers la neige, mais elle n’a plus rien à vomir, elle a l’estomac vide depuis longtemps comme en atteste le sac sur le plancher de la vie.





mardi 2 octobre 2018

La terre nous est étroite de Mahmoud Darwich



 (1966-1999)Préface inédite et choix de l'auteurTrad. de l'arabe (Palestine) par Elias SanbarCollection Poésie/Gallimard (n° 343), GallimardParution : 03-03-2000

Né en 1941 à Birwa, près de Saint-Jean-d'Acre, aujourd’hui le nord d’Israël mais qui  devait faire partie de l’état arabe.. Mahmoud Darwich est considéré comme l'un des plus grands poètes arabes contemporains. 

Ce volume est sa première anthologie personnelle, avec de nombreux textes inédits, et comme il le définit lui-même, une anthologie " qui permet de garder la source lumineuse de l'oeuvre en laissant de coté ses parts d'ombre, isoler un poème ou un autre, insister sur des images, des métaphores, une atmosphère qui conforte une certaine approche et, en terme de ces démarches subjectives, faire d'un poète moyen un poète exceptionnel... "

Un tel parcours, dans une œuvre qui prolonge les mythes du Proche Orient ancien mais aussi les grandes odes de l'Arabie, révèle un poète d'exception qui sait spontanément se situer au croisement de l'expérience individuelle la plus intime et de la mémoire collective. Lorsque Mahmoud Darwich écrit, il laisse dans un premier temps son inspiration inconsciente l'entraîner. Il les écrit, les oublie pendant une longue période puis revient leur rendre visite. Il choisit ensuite de ne pas l'abandonner si le poème le dépasse comme si le poème était l'oeuvre d'un autre poète qui a entraîné celui qu'il était. Sa quête est celle de la longue marche d'un poème qu'il n'a pas encore écrit...Mahmoud Darwich est très sensible aux changements de temps, aux cadences du paysage poétique universel, l'identité de l'homme depuis le passé de son exil jusqu'à son présent exilé...


« J’avais six ans. Je me souviens surtout de notre fuite, nous nous sommes d’abord abrités sous les oliviers, puis nous avons continué à marcher pour nous réfugier dans les montagnes. Mes pieds étaient en sang. Après avoir marché toute une nuit, notre famille est arrivée terrorisée, en sang, en sueur et mourant de soif dans un pays appelé le Liban. »





http://poesie.pourlapalestine.be/category/a-propos-de-mahmoud-darwich/



Une voix est venue de l'oliveraie

L’écho est venu de l’oliveraie.
J’étais crucifié sur le feu
Et je disais aux corbeaux : Ne me dévorez pas.
Je pourrais rentrer à la maison,
Le ciel pourrait pleuvoir,
Et il pourrait…
Éteindre ce bois carnassier!

Un jour je descendrai de ma croix.
Mais alors, comment
Rentrer chez moi, nu nu-pieds?



Etranger dans une ville lointaine

Quand j'étais petit
Et beau,
La rose était ma demeure,
Les sources étaient mes mers.
La rose est devenue blessure
Et les sources sont, désormais, soifs.
- As-tu beaucoup changé ?
- Je n'ai pas beaucoup changé.
Lorsque nous rentrerons comme le vent
À la maison,
Scrute mon front.
Tu y verras les roses, palmiers,
Les sources, sueur,
Et tu me retrouveras, tel que j'étais,
Petit
Et beau...

Si ses images entre passés et présents sont souvent émouvantes,  Mahmoud Darwich cisèle les mots, décrit les images par un vocabulaire humble mais précis, toujours au plus près des êtres et des choses de sa terre ancestrale. Tous les parfums de la vie se retrouvent  au fil de ses poèmes, des parfums d'abricot, d'orange et de jasmin, l'odeur du café le matin, les chevelures des femmes, la mère...
Des mots simples et puissants, derrière la souffrance, l'attente, l'identité...Un recueil puissant que j'ai découvert avec bonheur, intérêt et admiration pour ce grand poète.






lundi 24 septembre 2018

Asta de Jon Kalman Stefansson





Merci aux Editions Grasset et à Rakuten de m'avoir envoyé ce beau livre, pour les matchs de la rentrée littéraire 2018, que je chroniquerai bientôt.

La maison de Claudine de Colette





Colette est née en 1873 aux confins de la Bourgogne et du Morvan. À vingt ans, à Paris, elle épouse Willy, un journaliste mondain, qui la pousse à écrire, et signe de son pseudonyme la série des quatre Claudine. Elle divorce et se remariera deux fois. Exploratrice passionnée de la vie, elle est tour à tour danseuse de music-hall, mime, actrice, puis pendant la guerre, journaliste.
Colette a quarante ans quand naît sa fille en 1913 et s’ouvre alors pour elle une période d’une grande fécondité : ChériLe Blé en herbeLa Femme cachéeSidoLe Pur et l’ImpurLa Chatte… Nouvelles et romans les plus autobiographiques et les plus forts d’une œuvre aussi considérable qu’originale. Elle écrivit jusqu’à la fin de sa vie en 1954.



Extrait : "Des livres, des livres, des livres…Ce n’est pas que je lusse beaucoup. Je lisais et relisais les mêmes. Mais tous m’étaient nécessaires. Leur présence, leur odeur, les lettres de leurs titres et le grain de leur cuir… Les plus hermétiques ne m’étaient-ils pas les plus chers ?"




Délicate écriture, rempli d'humour, si vous ne la connaissez pas encore, il faut la découvrir...Colette nous raconte son enfance à travers des petites nouvelles, son amour de la nature et des animaux y revient très souvent, la liberté de courir dans la campagne, de jouer, sa famille, surtout le caractère affirmé de sa mère et l’idéalisme naïf du père. 
La dernière nouvelle clôt le recueil sur l’image d’une petite fille, hommage à l’esprit d’enfance capable d’entrer en résonance avec la simplicité, la beauté de l’existence et du monde.

#readingclassicschallenge2018



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jeudi 20 septembre 2018

Tsubaki de Aki Shimazaki


J'ai beaucoup aimé cette pentalogie où les vies et les secrets mêlés s'enchaînent, s'imbriquent et nous réservent des surprises à chaque page, c'est un gros coup de cœur pour moi !


  Leméac/Actes Sud 2005 Babel 712

Tsubaki Babel 712(camelia), Hamaguri Babel 783(coquillage), Tsubame Babel 848 (hirondelle) Wasurenagusa Babel 925 (myosotis) et Hotaru Babel 971 (luciole)
Ces cinq romans courts, à peine une centaine de pages, sont des perles précieuses. Tout comme la culture des perles au Japon, pays du soleil levant, on retrouve à travers ces romans aux phrases courtes, précision, luminosité, poésie et douceur ; une histoire de famille pendant la seconde guerre mondiale, des moments tristes ou joyeux, des souvenirs enfouis refont surface. 
Dans le premier volume de la pentalogie Le poids des secrets, Yukiko laisse une lettre à sa fille, dans laquelle elle raconte son enfance et son adolescence à Nagasaki. Mêlant à la fois intimité et histoire, le livre réussit en peu de pages à raconter les souffrances personnelles, mais aussi l’horreur de la guerre. Dans les tomes suivants, quatre autres personnages apportent de nouvelles intrigues, toujours  en douceur et légèreté. Chaque roman est une pièce de puzzle qui vient compléter l'autre...

Extrait de Tsubaki : "Je ne connaissais personne à ma nouvelle école. J'étais toujours Yosomono. je ne comprenais pas bien leur dialecte. Tout le monde venait de cette région. Les filles autour de moi n'étaient pas méchantes mais elles se tenaient à distance de moi. Je me promenais dans le bois de bambous. C'était tellement tranquille. Je m'asseyais toujours sur la même pierre et lisant un livre. Le vent soufflait doucement. Je n'entendais que le bruit des feuilles.
Un jour, Je vis Yukio assis sur la pierre et lisant un livre..."


jeudi 13 septembre 2018

Sais-tu si nous sommes encore loin de la mer ? de Claude Roy





Collection Poésie/Gallimard (n° 177), Gallimard

Parution : 04-10-1983
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Un long poème à deux voix : celle du poète et celle d'un chœur multiple, paroles prises aux œuvres universelles. Le poète retrouve les sensations d'une vie, de "l'étonnement d'un criquet" dans les yeux de l'enfant, à l'amour où il est si bon de "se taire ensemble"


«Un après-midi, couché dans l'herbe, je me suis trouvé nez à nez avec une sauterelle verte. 
"On se connaît, m'a-t-elle dit. Nous avons déjà été présentés : tu avais dix ans." 
J'écrivis dans ma tête un bref haïku sur cette double rencontre. Je ne savais pas qu'elle allait me conduire peu à peu à écrire une épopée cosmogonique et philosophique en douze chants et en vers, sur le modèle (inconscient) du De natura rerum de Lucrèce, et dans la postérité (vite consciente) de la Petite cosmogonie portative de Raymond Queneau. Les conseils scientifiques, les critiques et les encouragements littéraires de celui-ci me furent infiniment précieux. 
Sais-tu si nous sommes encore loin de la mer? tisse en un seul poème trois fils. L'histoire d'une planète où les eaux, en se retirant, ont donné vie à la vie. L'histoire personnelle d'un homme, dérisoire gouttelette détachée de la mer du temps avant de retourner s'y confondre. Et – sous forme d'une sorte d'accompagnement choral – l'histoire des paroles que l'humanité a chantées dans le noir, des questions qu'elle a posées dans le soleil, et des suppositions qu'elle a formées, à tout hasard et grande nécessité.» 
Claude Roy.


Lorsque la terre respire cela s'appelle le vent
L'eau qui devient un homme cela s'appelle le sang

L'enfant buissonnier charmeur de sauterelles
couché à la perpendiculaire de la canicule blanc-bleu
l'ébouriffé à plat ventre sur l'été-feu du causse
colle l'oreille à la terre étouffée d'août
au-dessus de la dalle quaternaire sous les couches du temps

L'enfant curieux écoute aux portes de la terre

L'eau lisse au fil aveugle du grand fond
la coureuse hors soleil
l'eau tisse sa voix d'eau sourde
menu clapotis des mille pas nus
pieds nus de l'eau nue l'eau toujours ressourcée
eau battante eau vivante eau fine qui glisse
dans la nuit de la galerie de calcite
le long de la grande aorte souterraine
dans la veine qui ralentit un peu
à l'arrivée dans la grotte estomac-de-la-terre
L'enfant étonnée écoute l'eau
et le silence entre les stalactites
que font en battant dans le noir hypogée
les ailes du papillon aveugle des cavernes
nommé Triphosa dubitata

L’œil du cœur en s'ouvrant et fermant
fut la source d'où naquit le cycle des temps

L'eau la fuyeuse qui coule à deux temps
écoute le cœur de l'enfant collé contre la terre
(Le nœud sinusal logé dans l'oreillette
émet de soixante à quatre-vingts fois par minute
les ondes qui déclenchent le rythme à quatre temps
de la systole Un et de la diastole Deux Trois Quatre)
L'eau glisse Le cœur bat

Ogoumbé la Mère des Eaux
habitait sous la terre
Ogoumbé la Mère son tam-tam dans le noir
Sa main gauche le tambour nommé Grondement-de-la-Terre-au-Levant
Sa main droite le tambour nommé Orage-de-la-Terre-au-Couchant

L'enfant s'endort bercé par le berceau du fin galop de l'eau
L'eau s'en court lissée au long court par le fin galop du cœur
Le cœur dormant et l'eau courante
ensemble marchent l'amble

Étonnement d'un criquet
La sauterelle dans l'herbe
à l'ombre soudain du dormeur
hésite à sauter sur le corps de l'enfant
qui dort
les genoux remontés contre sa poitrine
L'insecte non plus n'ose pas déplier ses jambes
La sauterelle un instant immobile
très fine semble-morte
bijou de cuivre vert-de-gris pâle
se sent mise à sécher entre les pages du temps
........


L'enfant dort 

La sauterelle saute
L'eau chuchote très loin



Sais-tu si nous sommes encore loin de la mer ?